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Petit-déjeuner : que manger pour tenir vraiment jusqu'à midi

Pourquoi un petit-déjeuner sucré laisse un creux à 11 h, les trois éléments qui font durer un repas du matin, ce que vaut le café seul, et quatre compositions qui tiennent jusqu'au déjeuner.

Par Emma Tondenier 7 min de lecture

Egg bun et café latte servis au comptoir chez Binie

La fringale de 11 h est si répandue qu’on a fini par la considérer comme normale. Elle ne l’est pas : c’est le symptôme d’un petit-déjeuner qui a apporté de l’énergie disponible tout de suite et rien derrière.

Le coupable habituel n’est pas la quantité. Un bol de céréales, un jus d’orange et deux tartines représentent un volume considérable, et pourtant l’ensemble est digéré en une heure et demie. Ce qui manque, ce sont les éléments qui ralentissent la digestion, et il s’en trouve rarement plus d’un dans un petit-déjeuner français classique. Ce guide explique ce qui se passe, donne les trois éléments à réunir, et propose quatre compositions qui tiennent réellement jusqu’au déjeuner.

Pourquoi un petit-déjeuner sucré ne tient pas

Un petit-déjeuner composé presque exclusivement de glucides rapides, pain blanc, confiture, jus de fruits, céréales industrielles, est absorbé vite. L’énergie arrive d’un coup, puis redescend tout aussi vite, et la sensation de faim revient bien avant midi.

Le jus d’orange mérite une mention particulière. Une orange pressée contient le sucre de deux à trois fruits sans leurs fibres, qui sont restées dans le presse-agrumes. Le fruit entier, lui, est digéré lentement. C’est la même matière première et ce n’est pas du tout le même petit-déjeuner.

Ce n’est pas un plaidoyer contre la tartine et la confiture, qui n’ont rien fait de mal. C’est un constat de composition : seules, elles ne suffisent pas à tenir quatre heures.

Les trois éléments qui font durer un repas du matin

ÉlémentCe qu’il faitOù le trouver le matin
ProtéinesRalentissent la digestion, premier facteur de satiété durableŒuf, fromage blanc, yaourt grec, fromage, tofu, légumineuses
Matières grassesTransportent le goût et allongent la durée du repasOléagineux, purée d’amande, avocat, beurre, huile d’olive
FibresOccupent du volume et ralentissent l’absorptionFlocons d’avoine, pain au levain complet, fruit entier, graines

La règle tient en une phrase : au moins deux de ces trois éléments, et idéalement les trois. Un petit-déjeuner qui n’en contient aucun est un encas, quelle que soit sa taille.

L’élément manquant le plus souvent est la protéine, parce que la tradition française du matin est presque entièrement sucrée. C’est aussi celui dont l’ajout produit la différence la plus nette, pour l’effort le plus faible : un œuf dur, un yaourt grec ou deux cuillères de fromage blanc suffisent à déplacer la faim d’une heure et demie.

Le cas du café seul

Il mérite d’être traité honnêtement, parce que c’est ce que fait une partie considérable des gens et que le discours moralisateur sur le sujet n’a jamais convaincu personne.

Le café coupe l’appétit sur le moment, sans apporter quoi que ce soit, et ce qu’il y a dans la tasse ne change rien à ce point précis : le sujet est traité pour lui-même dans notre guide du café de spécialité. La faim revient donc plus tard, mais elle revient plus fort, et elle tombe souvent au milieu de la matinée, au moment où il n’y a rien d’autre à portée qu’une viennoiserie.

Deux positions se défendent. Soit vous ne petit-déjeunez pas du tout et vous l’assumez, auquel cas prévoyez un vrai déjeuner et ne comptez pas sur un encas de 11 h pour rattraper. Soit vous prenez quelque chose, et dans ce cas le pire choix est le petit quelque chose sucré : il déclenche la faim sans la nourrir.

Sur la question de savoir si le petit-déjeuner est indispensable, la réponse honnête est qu’elle n’est pas tranchée, et que la formule sur le repas le plus important de la journée relève davantage de la publicité que de la démonstration. Ce qui est établi, en revanche, c’est qu’un matin sans rien produit une fringale de milieu de matinée que le meilleur déjeuner du monde ne rattrape pas.

Quatre compositions qui tiennent

CompositionCe qu’elle contientPourquoi ça tient
Le bolFlocons d’avoine ou granola, yaourt grec, fruit entier, oléagineuxLes trois éléments réunis, et le plus rapide à préparer
Le saléŒuf, pain au levain, avocat ou fromage frais, herbesProtéines et gras, et le seul qui coupe vraiment la faim
La tartine amélioréePain au levain complet, purée d’amande, banane, grainesLa tartine classique à laquelle on a ajouté le gras et la protéine
Le reste de la veilleUne part de tarte salée, une poignée de légumineuses, un fruitCe qui fonctionne le mieux et que personne n’ose faire

Aucune de ces quatre compositions ne demande plus de cinq minutes. La différence avec un petit-déjeuner qui ne tient pas ne se joue pas sur le temps de préparation, mais sur deux ou trois ingrédients ajoutés.

Le granola mérite une précision, parce qu’il est devenu le symbole du petit-déjeuner sain sans l’être toujours : un granola industriel très sucré posé sur un lait végétal sans protéines tient à peine mieux qu’un bol de céréales. La recette du granola maison permet de doser le sucre soi-même, et de l’associer à un yaourt plutôt qu’à un lait.

Le petit-déjeuner salé, et pourquoi il gagne du terrain

Les œufs, le fromage, le pain au levain et les légumes ont longtemps paru incongrus le matin en France, alors qu’ils sont la norme dans la plupart des pays.

Leur intérêt est mécanique : un petit-déjeuner salé contient presque toujours des protéines et du gras, donc les deux éléments qui manquent au sucré. C’est la raison pour laquelle il tient, et non une question de mode.

C’est aussi ce qui explique le succès des formules qui associent un pain garni à une boisson chaude. Chez Binie, la formule petit-déjeuner à 8 € propose au choix un egg bun ou un bol de granola, avec un thé, un espresso ou un allongé, servie en semaine avec la cantine à partir de 9 h. Le week-end, le même registre se retrouve en plus copieux à la carte du brunch, notamment avec les turkish eggs.

À quelle heure le prendre

Le moment compte presque autant que le contenu. Un petit-déjeuner avalé debout en huit minutes rassasie moins qu’un repas pris assis en quinze, parce que le signal de satiété met une quinzaine de minutes à parvenir.

Si vous partez tôt et que vous n’avez pas faim au réveil, le décaler est une option parfaitement valable : le prendre à 9 h ou 9 h 30, une fois arrivé, fonctionne mieux que de s’en passer ou de l’engloutir à 6 h 45 sans envie.

Une seule chose à éviter : le petit-déjeuner pris deux heures avant un déjeuner précoce. Les deux repas se télescopent, aucun n’est vraiment mangé, et l’après-midi s’en ressent.

Ce qu’il faut retenir

  • Le volume ne fait pas tenir un petit-déjeuner, sa composition oui
  • Au moins deux éléments parmi protéines, matières grasses et fibres, idéalement les trois
  • La protéine est ce qui manque le plus souvent, et ce qui change le plus
  • Le fruit entier plutôt que le jus, qui a perdu ses fibres
  • Le café seul déplace la faim sans la nourrir, et la fait revenir plus fort
  • Le petit quelque chose sucré est le pire des choix intermédiaires
  • Un petit-déjeuner salé tient mécaniquement mieux, sans effort supplémentaire
  • Quinze minutes assis plutôt que huit debout

Le même raisonnement, appliqué au repas suivant, est détaillé dans notre guide du déjeuner végétarien qui tient jusqu’au soir, et pour ce que coûte réellement une pause déjeuner à Paris, les repères sont ici. Si vous cherchez plutôt où le prendre dehors, nous avons réuni cinq adresses de petit-déjeuner dans le 9e, avec leurs heures d’ouverture.

Si vous ne changez qu’une chose demain matin, ajoutez une protéine. Un œuf, un yaourt grec, deux cuillères de fromage blanc : c’est la modification la plus rapide à faire, et la seule dont l’effet se remarque dès le premier jour.