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Combien coûte un déjeuner le midi à Paris, et ce qui explique les écarts

Les prix réels selon le type d'adresse, ce que coûte vraiment une pause déjeuner sur un mois et sur un an, ce que change le fait maison, et comment lire un prix au-delà du seul montant affiché.

Par Emma Tondenier 7 min de lecture

Clients attablés devant des bols de salade et des jus frais, le midi chez Binie

Entre une boulangerie qui propose une formule à 8 € et un restaurant du quartier à 24 €, un salarié parisien a le sentiment de comparer deux choses incomparables. Il a raison, mais pas pour la raison qu’il croit : l’écart ne se joue presque jamais sur la marge du commerçant.

Il se joue sur trois éléments qui n’apparaissent pas sur l’ardoise : ce qui est réellement préparé sur place, le loyer du local, et ce qu’il y a dans l’assiette. Ce guide donne les prix pratiqués à Paris par type d’adresse, calcule ce que représente une pause déjeuner sur un mois et sur une année, explique ce qui fait bouger un prix, et rappelle ce que permettent les titres-restaurant.

Les prix pratiqués à Paris

Voici les fourchettes qu’on observe couramment dans Paris intra-muros, pour un déjeuner complet, c’est-à-dire un plat accompagné d’au moins un élément supplémentaire.

Type d’adresseFourchette couranteCe qu’on obtient
Boulangerie, formule sandwich7 à 11 €Un sandwich, une boisson, parfois un dessert
Chaîne de restauration rapide9 à 14 €Un menu complet, produits standardisés
Cantine ou comptoir indépendant11 à 17 €Un plat préparé sur place, une formule
Restaurant, formule du midi16 à 24 €Entrée ou dessert, plat, service à table
Restaurant, à la carte25 € et au-delàSans formule, avec boisson

Ces fourchettes se déplacent d’un ou deux euros vers le haut dans les arrondissements centraux et les quartiers d’affaires, et d’autant vers le bas dès qu’on s’éloigne des grands axes. La moyenne parisienne d’un repas au restaurant tourne autour de 16 à 17 €, mais cette moyenne recouvre des réalités trop différentes pour servir de repère individuel.

Ce que cela représente sur un mois et sur un an

C’est le calcul que personne ne fait, et c’est pourtant celui qui compte. Un déjeuner ne se décide pas isolément : il se répète deux cent vingt fois par an.

Dépense quotidienneSur un mois (20 jours)Sur une année (220 jours)
6 €120 €1 320 €
10 €200 €2 200 €
14 €280 €3 080 €
18 €360 €3 960 €
24 €480 €5 280 €

Deux euros de différence par jour représentent environ 440 € sur une année. C’est ce qui explique qu’un écart minime sur l’ardoise pèse lourd dans un budget, et pourquoi le déjeuner se raisonne sur la semaine plutôt que sur le repas.

Le raisonnement le plus efficace n’est d’ailleurs pas de chercher le moins cher tous les jours, mais de mélanger les formats : quelques repas apportés de chez soi, quelques déjeuners à 12 ou 14 € dans une adresse qui cuisine, et le budget tient sans que la semaine ressemble à une privation.

Ce qui explique réellement les écarts

Ce qui est préparé sur place

C’est de loin le premier facteur, et le moins visible. Une adresse qui reçoit des produits finis et les réchauffe n’a pas de cuisinier le matin, pas de perte sur les invendus et pas de stock frais à gérer. Une adresse qui cuisine porte ces trois coûts.

L’écart se lit souvent à un détail : une carte qui change. Une carte identique toute l’année signale une production standardisée ; une carte qui bouge chaque semaine signale qu’on achète en fonction de la saison et qu’on cuisine derrière.

Le loyer du local

Un commerce de bouche parisien consacre couramment 10 à 15 % de son chiffre d’affaires à son loyer, et la différence entre une rue passante du centre et une rue résidentielle se compte en multiples, pas en pourcentages. Ce poste se retrouve intégralement dans le prix de l’assiette, sans rien changer à ce qu’elle contient.

C’est la raison pour laquelle une même formule coûte deux à trois euros de moins à deux cents mètres d’une avenue commerçante.

Ce qu’il y a dans l’assiette

Un plat construit sur une base de céréales complètes, avec deux sources de protéines et des légumes de saison, coûte structurellement plus cher en matière première qu’un plat construit sur de la salade verte et du pain. Il rassasie aussi nettement plus longtemps, ce qui change la valeur réelle du repas : les repères de composition sont détaillés dans notre guide du déjeuner végétarien qui tient jusqu’au soir.

Un déjeuner à 9 € qui laisse affamé à 16 h et qu’on complète par une viennoiserie à 2,50 € coûte en réalité 11,50 €, pour un moins bon repas.

La place assise et le service

S’asseoir coûte de l’argent. Une place assise mobilise une surface qui se loue, une vaisselle qui se lave et du personnel en salle. C’est ce qui sépare une formule à emporter d’une formule servie à table, sur un contenu parfois identique.

Beaucoup d’adresses pratiquent d’ailleurs deux prix pour cette raison, et l’écart n’a rien d’arbitraire.

Les titres-restaurant, et le plafond de 25 € par jour

Le titre-restaurant reste le levier le plus simple pour faire baisser la dépense réelle, puisque l’employeur en finance entre 50 et 60 % de la valeur.

Deux règles pratiques à connaître. Le plafond d’utilisation est de 25 € par jour, tous titres confondus, dans les commerces qui les acceptent. Et il est possible d’en régler une partie et de compléter en carte bancaire, ce qui permet d’utiliser un titre sans être limité à sa valeur faciale.

Vérifiez en revanche que l’adresse les accepte avant de vous installer : l’acceptation varie d’un commerce à l’autre, et tous les réseaux ne sont pas pris partout.

Comment lire un prix sans se tromper de comparaison

Trois réflexes suffisent à comparer deux adresses sur une base honnête.

Comparez des formules complètes, pas des plats seuls. Un plat à 11 € auquel il faut ajouter une boisson à 4 € et un dessert à 4 € coûte 19 €, davantage qu’une formule affichée à 16 €.

Comptez le temps. Vingt minutes de file d’attente ont un coût réel sur une pause d’une heure, et une adresse légèrement plus chère où l’on est servi en cinq minutes peut être le meilleur choix.

Regardez ce qui reste à 16 h. C’est le seul indicateur qui compte vraiment. Un déjeuner qui tient l’après-midi fait économiser l’encas, et souvent la mauvaise fin de journée qui va avec.

En résumé

  • Comptez 7 à 11 € en boulangerie, 11 à 17 € dans une adresse qui cuisine, 16 à 24 € au restaurant
  • Deux euros de plus par jour représentent environ 440 € sur une année
  • Une carte qui change chaque semaine est le meilleur indice d’une cuisine faite sur place
  • Le loyer du local explique deux à trois euros d’écart à contenu identique
  • Le plafond des titres-restaurant est de 25 € par jour, et le complément en carte est possible
  • Comparez des formules complètes, jamais des plats seuls
  • Un déjeuner qui ne tient pas jusqu’à 16 h coûte plus cher qu’il n’en a l’air

Chez Binie, la cantine fonctionne du mardi au vendredi avec une formule salade à 14 € et une formule sandwich à 12 €, dessert ou boisson compris, et une carte qui change toutes les semaines. La même logique s’applique aux commandes d’équipe, détaillées dans notre guide du déjeuner de travail, et les mécanismes qui font varier un devis de traiteur sont expliqués dans celui du budget traiteur à Paris. Si vous cherchez plutôt où déjeuner dans le quartier, notre guide du 9e arrondissement recense ce qui s’y trouve, au-delà des adresses de restauration.

Si vous ne retenez qu’une chose, arrêtez de comparer des prix à la journée et regardez votre semaine. C’est à cette échelle que le budget se joue, et c’est aussi la seule qui permette de manger correctement sans avoir l’impression de choisir entre son porte-monnaie et son après-midi.