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Déjeuner végétarien : composer une assiette qui tient jusqu'au soir

Pourquoi un déjeuner sans viande laisse parfois sur sa faim à 16 h, les quatre éléments qui font tenir une assiette, et comment composer une salade ou un sandwich qui rassasie vraiment.

Par Emma Tondenier 6 min de lecture

Salade de boulgour avec œuf, feta et grenade, servie à la cantine du midi

C’est la remarque qu’on entend le plus souvent à propos des déjeuners sans viande : « c’était très bon, mais j’ai eu faim à quatre heures ». Elle est rarement fausse, et elle n’a presque jamais à voir avec l’absence de viande.

Un déjeuner végétarien qui ne tient pas est en général un déjeuner mal composé : beaucoup de volume, peu de densité, et trois des quatre éléments qui font durer un repas absents de l’assiette. Ce guide explique ce qui manque quand ça manque, donne les repères de composition d’une assiette qui tient un après-midi de travail, et détaille ce que ça change pour une salade, un sandwich ou un plat chaud.

Pourquoi une assiette de légumes ne tient pas

Le rassasiement ne dépend pas du volume de nourriture mais de ce qu’elle contient. Une grande assiette de crudités remplit l’estomac pendant une heure, puis ne pèse plus rien.

Quatre éléments font durer un repas, et un déjeuner végétarien raté en oublie généralement deux ou trois :

Les protéines. Elles ralentissent la digestion et sont le premier facteur de satiété durable. C’est l’élément le plus souvent absent, parce qu’on retire la viande sans rien mettre à sa place.

Les féculents complets. Ils libèrent leur énergie progressivement, là où un pain blanc la libère d’un coup et laisse un creux derrière lui.

Les matières grasses. Huile d’olive, fromage, oléagineux, avocat, tahini. Elles transportent le goût et allongent nettement la durée d’un repas. Un déjeuner sans gras est un déjeuner court.

Les fibres. Légumineuses, légumes, céréales complètes. Elles occupent du volume et ralentissent l’ensemble.

ÉlémentRôleOù le trouver
ProtéinesSatiété durablePois chiches, lentilles, œuf, feta, tofu, fromage
Féculents completsÉnergie régulièreBoulgour, riz complet, épeautre, pain au levain
Matières grassesGoût et duréeHuile d’olive, oléagineux, avocat, tahini
FibresVolume et ralentissementLégumineuses, légumes de saison, céréales complètes

Les sources de protéines qui marchent vraiment

La question revient à chaque fois, et la réponse est plus simple qu’on ne le croit : les légumineuses font l’essentiel du travail.

Les pois chiches et les lentilles sont les plus faciles à intégrer, froids comme chauds, et les plus rassasiants au volume. Une portion généreuse dans une salade change complètement sa durée.

L’œuf est la solution la plus rapide et la mieux acceptée. Un œuf mollet sur une salade de céréales transforme un accompagnement en plat.

Les fromages, feta, chèvre, comté, apportent protéines et gras en même temps, ce qui en fait un des meilleurs rapports satiété sur volume. Une réserve pour les végétariens stricts : certains fromages sont fabriqués avec de la présure animale, ce qui se vérifie sur l’emballage. C’est l’un des quatre pièges que nous détaillons dans notre guide du repas de Noël sans viande, où ils comptent davantage encore.

Le tofu et le tempeh fonctionnent très bien à condition d’être marinés et saisis. Nature et bouilli, ils n’apportent rien au plaisir du repas.

Les oléagineux, noix, amandes, graines de courge, ajoutent du gras et du croquant pour un coût dérisoire en volume.

La règle simple

Pour un déjeuner qui tient un après-midi complet, visez au moins deux sources de protéines dans la même assiette. Une seule suffit rarement, trois deviennent lourdes.

Pois chiches et feta. Lentilles et œuf. Boulgour et fromage frais avec des graines. C’est la combinaison qui fait la différence, bien plus que la quantité totale.

Composer une salade qui rassasie

Une salade de midi n’est pas une salade d’accompagnement. Elle se construit en quatre couches, dans cet ordre.

  1. Une base de céréales, pas de la feuille verte. Boulgour, épeautre, riz complet, quinoa, pâtes. C’est ce qui fait la différence entre un plat et une entrée.
  2. Une légumineuse ou un œuf, en quantité franche.
  3. Des légumes de saison, crus et cuits mélangés, pour la texture autant que pour le goût.
  4. Un élément gras et un élément acide, une bonne huile et un vinaigre ou un agrume, sans quoi l’ensemble reste plat.

Ajoutez enfin quelque chose de croquant, graines torréfiées ou oléagineux concassés. C’est ce détail qui empêche une salade de devenir monotone à la moitié du bol.

Et pour un sandwich

Même logique, appliquée au pain. Un sandwich végétarien qui ne tient pas repose presque toujours sur trois erreurs : un pain blanc, une garniture uniquement composée de légumes, et rien de gras.

Un pain au levain complet, une base protéinée qui n’est pas seulement du fromage en tranche, quelque chose de crémeux qui lie l’ensemble, houmous ou fromage frais, et un élément marqué en goût, tomates confites, oignons rouges, herbes fraîches. Le sandwich devient un repas plutôt qu’un dépannage.

Le rythme de la journée compte autant que l’assiette

Un déjeuner qui tient suppose aussi un petit-déjeuner correct. Une journée qui commence par un café seul produit une fringale de milieu d’après-midi que le meilleur déjeuner du monde ne rattrape pas. Les mêmes principes appliqués au matin, et les compositions qui fonctionnent, sont détaillés dans notre guide du petit-déjeuner qui tient jusqu’à midi.

De même, un déjeuner avalé en dix minutes devant un écran rassasie moins qu’un repas pris en vingt minutes, à table. Ce n’est pas une question de morale mais de mécanique : le signal de satiété met une quinzaine de minutes à parvenir.

Ce qu’il faut retenir

  • Le volume ne rassasie pas, la composition oui
  • Au moins deux sources de protéines dans la même assiette
  • Une base de céréales complètes plutôt qu’une base de salade verte
  • Du gras assumé : huile, fromage, oléagineux, avocat
  • Un élément acide et un élément croquant, pour que le plat tienne jusqu’à la fin
  • Un petit-déjeuner correct, sans quoi rien ne tient
  • Vingt minutes de repas plutôt que dix

C’est exactement la façon dont nous composons la carte du midi à la cantine, du mardi au vendredi : des salades construites sur une base de céréales, des sandwichs au levain, et une formule à 14 € pour la salade ou 12 € pour le sandwich, dessert et boisson compris. Pour une équipe entière, le même principe s’applique à un déjeuner de travail livré. Et si la question que vous vous posez est d’abord celle du budget, les prix pratiqués à Paris et ce qui les explique sont détaillés dans notre guide du prix d’un déjeuner le midi.

Si vous ne changez qu’une chose à vos déjeuners sans viande, changez la base. Remplacer la salade verte par des céréales complètes fait plus pour la satiété que tout le reste réuni, et c’est la modification la moins coûteuse à faire.