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Café de spécialité : ce que ça veut dire, et comment choisir sa tasse

Ce que recouvre l'expression, ce que change la torréfaction, comment lire un paquet, ce que chaque méthode d'extraction va chercher, et pourquoi un café fruité tourne à l'acide dans un latte.

Par Emma Tondenier 7 min de lecture

Le comptoir de Binie, ses ardoises et sa machine à café

L’expression « café de spécialité » est devenue si courante qu’elle ne veut plus dire grand-chose pour la plupart des gens qui la lisent sur une devanture. Elle désigne pourtant quelque chose de précis, et ce quelque chose explique l’écart de prix entre deux tasses.

Le sujet mérite d’être pris au sérieux sans devenir absurde. On n’a pas besoin de savoir reconnaître une note de bergamote pour choisir un bon café, mais trois ou quatre notions rendent immédiatement plus lisibles une carte, un paquet et le contenu de sa tasse. Ce guide les réunit : ce que recouvre l’expression, ce que fait la torréfaction, comment lire une étiquette, et ce que va chercher chaque méthode d’extraction.

Ce que recouvre l’expression

Le terme n’est pas un argument commercial libre : il renvoie à une notation. La Specialty Coffee Association évalue les cafés verts sur une échelle de cent points, et le seuil du café de spécialité est fixé à quatre-vingts points. En dessous, on parle de café de commodité.

Cette note sanctionne des défauts autant que des qualités : grains cassés, fermentations non maîtrisées, corps absent. Elle suppose donc un travail en amont, à la récolte et au séchage, qu’un café vendu au cours mondial n’a pas de raison de financer.

Deux conséquences concrètes en découlent, et ce sont elles qui comptent pour un client.

La traçabilité. Un café de spécialité indique son pays, sa région, souvent sa ferme ou sa coopérative, et l’année de récolte. Un café de commodité indique au mieux un continent.

La fraîcheur. Il porte une date de torréfaction, et non une date limite de consommation fixée à deux ans. C’est le meilleur indice qu’on puisse chercher sur un paquet, et le plus rapide à vérifier.

Arabica, robusta, et ce que ça change

L’arabica représente l’essentiel du café de spécialité. Il pousse en altitude, mûrit lentement, et développe une acidité et des arômes que le robusta n’a pas.

Le robusta est plus résistant, plus productif, contient environ deux fois plus de caféine et donne une tasse plus amère, avec davantage de crema. Il domine le café instantané et une partie des mélanges de comptoir. Il existe des robustas fins, travaillés sérieusement, mais ils restent rares.

La mention « 100 % arabica » sur un paquet de supermarché ne dit donc rien de sa qualité : elle exclut le robusta, ce qui laisse une amplitude considérable en face.

La torréfaction, là où se joue l’essentiel

C’est l’étape qui transforme un grain vert inodore en café, et c’est aussi celle qui distingue le plus nettement deux maisons.

Une torréfaction claire conserve l’acidité d’origine, les notes fruitées ou florales, et laisse le terroir s’exprimer. Elle demande en revanche une extraction plus soignée : mal faite, elle donne une tasse aigre.

Une torréfaction foncée apporte de l’amertume, du corps et des notes de cacao ou de grillé. Elle gomme les différences entre origines, ce qui est parfois un choix assumé et parfois une façon de masquer une matière première ordinaire.

Ni l’une ni l’autre n’est supérieure dans l’absolu. Ce qui compte est l’accord entre la torréfaction, la méthode d’extraction et ce que vous aimez boire. Une torréfaction claire en filtre est une évidence ; la même en espresso avec du lait est souvent un contresens.

Ce qu’il faut lire sur un paquet

MentionCe qu’elle vous dit
Date de torréfactionL’information la plus utile. Le café est à son meilleur entre une et quatre semaines après
Origine précisePays, région, ferme ou coopérative. Plus c’est précis, plus c’est tracé
AltitudeAu-delà de 1 500 m, une maturation lente et une acidité plus marquée
ProcessLavé, nature ou honey : la façon dont le fruit a été retiré du grain
Notes de dégustationDes repères, pas des ingrédients. Aucun arôme n’a été ajouté

Le process est la mention la moins comprise et l’une des plus déterminantes. Un café lavé donne une tasse nette et acidulée ; un café nature, séché avec sa pulpe, donne une tasse plus fruitée, plus lourde, parfois proche du vin ; le honey se situe entre les deux.

Quant aux notes de dégustation, elles décrivent ce que le dégustateur a perçu, rien de plus. Un café annoncé « myrtille, chocolat noir » ne contient ni myrtille ni chocolat.

Ce que chaque méthode va chercher

MéthodeCe qu’elle extraitÀ qui elle convient
EspressoConcentration, corps, intensitéLes torréfactions moyennes, les tasses courtes
Filtre lent, type V60Clarté, acidité, détail aromatiqueLes torréfactions claires et les origines tracées
Cafetière à pistonCorps, rondeur, texture épaisseLes cafés d’après-repas, sans matériel
Boissons lactéesDouceur, équilibre sucréLes torréfactions plus soutenues

La règle la plus simple pour s’y retrouver : plus la méthode est longue et douce, plus elle révèle le détail ; plus elle est courte et sous pression, plus elle concentre le corps.

C’est la raison pour laquelle un même café peut être remarquable en filtre et décevant en espresso, sans que personne ait mal fait son travail.

Le lait, et pourquoi il change tout

Le lait ne dilue pas le café, il en masque une partie. Ses matières grasses et ses protéines atténuent l’acidité et arrondissent l’amertume, ce qui est exactement l’effet recherché dans un cappuccino.

La conséquence est qu’un café très clair et très acidulé, superbe en filtre, devient souvent aigre dans un latte : il n’a pas le corps nécessaire pour traverser le lait. À l’inverse, une torréfaction plus soutenue, un peu rude en tasse courte, s’équilibre parfaitement avec lui.

Les laits végétaux se comportent différemment les uns des autres. L’avoine est le plus proche du lait de vache à la mousse et le plus neutre en goût, ce qui explique sa généralisation dans les cafés de spécialité. L’amande apporte un goût marqué qui domine facilement un café délicat, et la coco davantage encore.

Chez Binie, les laits de vache et d’avoine sont compris dans le prix de la boisson, l’amande et la coco font l’objet d’un supplément de 0,50 €, et le café vient de L’Arbre à Café, torréfacteur parisien. Le détail de nos approvisionnements est sur la page à propos.

Trois choses à faire chez soi

Elles comptent davantage que le choix du paquet, et coûtent moins cher qu’une nouvelle machine.

Moudre au moment. Le café perd l’essentiel de ses arômes dans les minutes qui suivent la mouture. Un moulin à meules d’entrée de gamme fait plus pour votre tasse qu’un café deux fois plus cher acheté déjà moulu.

Surveiller l’eau. Entre 90 et 96 °C, jamais bouillante. Et une eau très calcaire écrase le café autant qu’elle abîme la machine.

Peser. Environ 60 g de café par litre d’eau en filtre, à ajuster ensuite à votre goût. C’est la variable que tout le monde estime à l’œil et celle qui explique la plupart des tasses ratées.

Ce qu’il faut retenir

  • Le café de spécialité est une notation, à partir de 80 points sur 100
  • La date de torréfaction est l’information la plus utile d’un paquet
  • Le café est à son meilleur entre une et quatre semaines après torréfaction
  • Torréfaction claire pour le filtre, plus soutenue pour le lait
  • Le process, lavé ou nature, change la tasse autant que l’origine
  • Les notes de dégustation décrivent, elles n’ajoutent rien
  • Le lait masque l’acidité : un café très clair y devient aigre
  • Moudre au moment, une eau à 90-96 °C, et peser

Le café se prend au comptoir ou en terrasse au 57 rue Condorcet, en semaine avec la cantine et le week-end avec le brunch, dans un arrondissement dont notre guide du quartier raconte le reste. Les autres adresses du 9e où l’on prend un café le matin, torréfacteur compris, sont réunies dans notre guide du petit-déjeuner dans le 9e. Pour ce qu’il accompagne le matin, les repères d’un petit-déjeuner qui tient jusqu’à midi sont dans le même journal.

Si vous ne changez qu’une chose, regardez la date de torréfaction avant de regarder le prix. Un café d’origine remarquable torréfié il y a huit mois donnera une tasse plus terne qu’un café simple torréfié la semaine dernière.