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Repas de Noël sans viande : composer un menu pour une tablée mixte

Comment construire un menu de fêtes quand une partie de la table est végétarienne, les trois stratégies possibles, les ingrédients d'origine animale qu'on ne voit pas, et un menu complet en exemple.

Par Emma Tondenier 7 min de lecture

Tarte aux agrumes et ricotta réalisée par Binie

Chaque année, la même scène se rejoue dans un nombre considérable de familles : quelqu’un annonce en novembre qu’il ne mange plus de viande, et l’organisation du repas de Noël, jusque-là parfaitement rodée, se retrouve en question.

La réaction habituelle consiste à prévoir « quelque chose à part » pour cette personne. C’est la réponse la plus rapide, et c’est aussi celle qui produit systématiquement une table à deux vitesses, où l’un mange une assiette de légumes pendant que les autres partagent la pièce centrale. Ce guide propose une autre façon de s’y prendre : trois stratégies possibles avec ce que chacune coûte réellement, la façon de construire un plat qui tienne le centre de la table, les ingrédients d’origine animale qui se cachent là où on ne les cherche pas, et un menu complet en exemple.

Le vrai problème n’est pas la recette

Il existe des milliers de recettes de fêtes sans viande, et elles sont pour la plupart excellentes. Ce n’est pas là que ça coince.

Ce qui coince, c’est la place du plat principal dans la dramaturgie du repas. Un repas de Noël français s’organise autour d’une pièce que l’on apporte, que l’on montre et que l’on découpe devant tout le monde. C’est un moment, pas seulement un plat.

Servir une assiette individuelle à une personne pendant que la pièce circule ne pose donc aucun problème nutritionnel. Cela pose un problème d’appartenance, et c’est très exactement ce que la personne concernée ressent, même si elle ne le dira pas.

La bonne question n’est donc pas « que puis-je lui préparer ? » mais « qu’est-ce qui peut tenir le centre de la table pour tout le monde ? ».

Trois stratégies, et ce qu’elles coûtent

StratégieCe que ça demandeCe que ça produit
Un menu entièrement sans viandeUn seul service, une seule liste de coursesPersonne n’est à part, et c’est le plus simple à exécuter
Une pièce centrale commune et des accompagnements partagésUne pièce sans viande qui tienne le rôle principalLe meilleur compromis quand la table est très attachée à sa tradition
Deux plats principaux distinctsDeux productions parallèles le jour mêmeLe plus lourd à réaliser, et celui qui divise la table

La troisième option est celle que tout le monde choisit spontanément, et c’est la moins bonne des trois. Elle double le travail en cuisine au moment le plus tendu de la journée, et elle produit précisément l’effet qu’on cherchait à éviter.

La première option mérite d’être envisagée sérieusement, y compris dans une famille où une seule personne est végétarienne. Un repas de fêtes sans viande ne prive personne de quoi que ce soit dès lors qu’il est construit pour lui-même et non par soustraction. C’est le même raisonnement que nous appliquons à nos commandes traiteur, qui sont toutes végétariennes sans que la question se pose jamais aux convives.

Construire un plat qui tienne le centre de la table

Trois qualités sont nécessaires, et elles se cumulent.

Du volume et de la présence. Une pièce qu’on apporte entière et qu’on découpe : un feuilleté en croûte, un gros légume rôti entier, un pithiviers, un gratin en grand plat. Ce qui compte est le geste de la découpe, pas la nature de l’ingrédient.

De la richesse. Un repas de fêtes n’est pas un repas léger, et un plat végétarien de Noël qui se veut sage tombe à plat au milieu du reste du menu. Crème, beurre, fromage affiné, fruits secs, champignons, truffe si le budget le permet : c’est le moment de l’année où l’on n’allège rien.

De l’umami. C’est l’élément qui manque quand un plat sans viande paraît fade sans qu’on sache pourquoi. Il se trouve dans les champignons séchés réhydratés, les tomates confites, le miso, la sauce soja, le parmesan ou son équivalent sans présure, les oignons longuement caramélisés et le vin réduit.

Les grandes familles qui fonctionnent sont connues : le wellington de légumes racines, le pithiviers aux champignons, la courge entière farcie, le gratin de crozets ou de pâtes aux champignons, le risotto de fête servi en grand plat. Aucune n’est une imitation de viande, et c’est précisément pourquoi elles tiennent.

Les ingrédients d’origine animale qu’on ne voit pas

C’est la partie technique du sujet, et celle qui rate le plus souvent un menu pourtant bien intentionné. Quatre pièges reviennent chaque année.

La présure animale dans les fromages. Beaucoup de fromages à pâte pressée, dont le parmesan sous appellation, sont fabriqués avec de la présure d’origine animale. Un végétarien strict ne les mange pas. La mention figure sur l’emballage, et il existe des équivalents à présure microbienne.

La gélatine dans les desserts. Elle est d’origine porcine ou bovine, et elle se trouve dans un grand nombre de mousses, de bavarois, d’entremets et de guimauves. L’agar-agar la remplace, avec une prise plus ferme et une mise en œuvre différente : il doit bouillir pour agir.

Le bouillon de volaille. Il se glisse dans les risottos, les veloutés, les farces et les sauces sans que personne n’y pense, y compris dans des recettes présentées comme végétariennes.

Les anchois et la sauce Worcestershire. Présents dans certaines sauces, tapenades et vinaigrettes, et invisibles dans la liste des ingrédients d’une recette maison.

La règle pratique tient en une ligne : sur un repas de fêtes, les pièges sont dans les sauces et dans les desserts, pas dans les plats.

Un menu complet, en exemple

Voici une trame qui fonctionne pour une tablée mixte de huit à douze personnes, sans double production.

ServiceProposition
À l’apéritifGougères, dips de saison, tartelettes aux champignons, fruits secs torréfiés
EntréeVelouté de potimarron au lait de coco, huile de noisette, ou œuf parfait aux champignons
PlatPithiviers aux champignons et châtaignes, apporté entier et découpé à table
AccompagnementsLégumes racines rôtis au four, purée de céleri, salade d’hiver acidulée
FromageUn plateau vérifié, en privilégiant les pâtes molles et les chèvres
DessertUn dessert acidulé pour finir, agrumes ou fruits de la passion, plutôt qu’une bûche très riche

Deux remarques sur ce menu. L’entrée est le service le plus facile : la quasi-totalité des entrées de fêtes non marines sont déjà végétariennes ou le deviennent en changeant un bouillon. Inutile d’y consacrer de l’énergie.

Le dessert acidulé n’est pas un détail. Après un repas aussi riche, une bûche à la crème au beurre est difficile à finir, alors qu’une tarte aux agrumes ou une pavlova aux fruits passe à la fin d’un repas de fêtes. Nous détaillons la technique de cette dernière dans notre recette de pavlova.

Les quantités et le calendrier

Sur les quantités, rien de particulier : un repas de fêtes sans viande se dimensionne comme n’importe quel repas de fêtes. Si vous recevez en format buffet plutôt qu’en repas assis, les repères sont dans notre guide du nombre de pièces par personne.

Sur le calendrier, en revanche, deux points méritent d’être anticipés.

Recueillez les contraintes en novembre, pas la semaine d’avant. Une contrainte connue un mois à l’avance se traite sans y penser ; la même découverte le 22 décembre se paie en courses de dernière minute.

Commandez tôt ce qui doit l’être. Les pâtissiers et les traiteurs bouclent leurs carnets de fin d’année plusieurs semaines à l’avance. Pour une grande pièce sucrée, comptez au minimum quarante-huit heures et bien davantage en décembre, comme expliqué dans notre guide pour commander un gâteau sur mesure.

Checklist

  • Contraintes recueillies en novembre, formulation ouverte
  • Stratégie choisie avant le menu, et de préférence pas la double production
  • Une pièce centrale qu’on apporte entière et qu’on découpe
  • Richesse assumée : crème, beurre, fromage, fruits secs
  • Une source d’umami dans le plat principal
  • Fromages vérifiés côté présure
  • Desserts vérifiés côté gélatine
  • Bouillon de volaille remplacé dans les veloutés, farces et risottos
  • Un dessert acidulé pour finir
  • Commandes passées plusieurs semaines à l’avance en décembre

Chez Binie, toute la cuisine est végétarienne, sur la carte comme sur les menus traiteur, et les buffets de fin d’année se livrent dans Paris et sa banlieue à partir de dix convives. Les pièces sucrées se commandent sur la page gâteaux sur mesure. Pour un repas où les contraintes vont au-delà du végétarien, notre guide des régimes alimentaires et des allergies détaille ce qui se traite sur une table commune et ce qui demande une préparation à part.

Si vous ne retenez qu’une chose, ne préparez pas deux plats. Consacrez cette énergie à en réussir un seul que toute la table partagera : c’est moins de travail le 24 au soir, et c’est la seule solution qui règle vraiment le problème.